L'analphabétisme : hier et aujourd'hui

 

"Un million de Québécois sont analphabètes" titre la publicité de la Fondation québécoise pour l'alphabétisation. Quoi, se dit le lecteur, un million de Québécois qui ne savent ni lire ni écrire? Non, justement, du moins pas tout à fait. L'analphabétisme, tout comme la société qu'il habite, est un concept en constante évolution. On en conviendra, les exigences des années 2000 n'ont rien à voir avec celles des années 50. Aujourd'hui l'écrit meuble chaque instant de notre quotidien alors que jadis "une bonne langue" et "des bons bras" suffisaient à ouvrir toutes les portes. D'où la nécessité de redéfinir le concept d'analphabétisme.

Les premières études sur l'analphabétisme datent des années 70. On évaluait alors le nombre de personnes analphabètes en fonction de leurs années de scolarité. Tous ceux qui n'avaient pas neuf années d'études étaient considérés analphabètes. L'expérience a démontré que la scolarité est devenu au fil des ans un indice peu fiable. Certains, parmi les plus âgés, ont passé seulement cinq années sur les bancs d'école et lisent très bien. D'autres, parmi les plus jeunes, en ont passé plus de dix, mais éprouvent toujours de sérieuses difficultés à lire et à écrire.

La dernière étude d'envergure, l'Enquête internationale sur l'alphabétisation des adultes (EIAA) menée entre 1994 et 1996, a choisi de mesurer les compétences des adultes face à l'écrit. De l'analphabétisme, on est passé à l'alphabétisme, un concept qui permet de discerner plusieurs niveaux de compétences en lecture et en écriture. L'EIAA définit l'alphabétisme comme étant la capacité d'une personne de comprendre et d'utiliser des imprimés et des écrits nécessaires pour fonctionner dans la vie de tous les jours, à la maison, au travail et dans la collectivité, pour atteindre ses objectifs, parfaire ses connaissances et accroître son potentiel. (p.2)

Pour évaluer les capacités des adultes face à l'écrit, on les a soumis à des situations de lecture de la vie courante : lire la posologie sur une bouteille de médicaments, consulter un horaire d'autobus, lire une annonce dans un journal, compléter un formulaire de demande d'emploi. Cette façon de faire a été jugée plus réaliste par l'ensemble des intervenants des pays industrialisés.On a ainsi pu établir cinq niveaux d'habiletés en lecture.

Le niveau 1 désigne des capacités de lecture très faibles. La personne peut, par exemple, avoir de la difficulté à déterminer, à partir de renseignements indiqués sur l'emballage, quelle dose exacte de médicament il faut donner à son enfant. Les capacités de lecture de 28 % à 31 % des Québécois se limitent à ce niveau. Au niveau 2, les répondants peuvent seulement se servir de textes simples, présentés clairement et dans lesquels les tâches à accomplir ne sont pas trop complexes. Cette catégorie est importante, car elle permet de déterminer quelles sont les personnes qui se débrouillent dans la vie quotidienne avec le peu de capacités de lecture qu'elles possèdent, mais qui auraient de sérieuses difficultés à s'adapter à un nouvel emploi qui nécessiterait un niveau supérieur d'alphabétisme. Ce niveau correspond aux capacités de lecture d'entre 26 % et 32 % des Québécois. Le niveau 3 est considéré dans plusieurs pays comme un seuil minimum à maintenir, bien que certaines professions requièrent des capacités supérieures. Entre 29 % et 39 % des Québécois ont des capacités de lecture qui n'excédent pas ce niveau. Aux niveaux 4 et 5, les capacités de lecture sont de plus en plus élevées, car le répondant doit pouvoir manipuler plusieurs sources d'information à la fois ou résoudre des problèmes plus complexes. Il semble que ces exigences soient de plus en plus nécessaires pour occuper des emplois. Et pourtant, entre 8 % et 13 % seulement des Québécois atteignent ce niveau de capacités de lecture.

Voilà pourquoi on peut parler d'entre 900 000 et 1 000 000 de Québécois qui ont de la difficulté à lire et à écrire. Dans le Haut-Richelieu, on parle d'entre 15 000 et 19 000 adultes qui ont des capacités de lecture si faibles qu'elles ne leur permettent pas de fonctionner dans la vie de tous les jours, comme le dit l'enquête.

À l'ère de l'économie du savoir, bon nombre de Québécois et Québécoises ont de plus en plus de difficultés à jouer un rôle actif au sein de notre société, que ce soit comme travailleurs, citoyens ou simples parents. L'économie mondiale émergente se caractérise par un accroissement considérable de la circulation de l'information. Le Québec saura-t-il relever le défi de la mondialisation sans le faire au détriment du quart de sa population?

Mario Raymond,
pour La Porte Ouverte

 

 

 

©Copyright La Porte Ouverte, 2009 Plan du site