L'analphabétisme : des problèmes mais aussi des solutions

Dans le Haut-Richelieu, entre un adulte sur quatre et un adulte sur cinq éprouve de sérieuses difficultés à lire et à écrire. On parle, en nombres absolus, d'entre 15 000 et 19 000 adultes. Dix pour cent (10 %) d'entre eux sont analphabètes complets, c'est-à-dire qu'ils ne savent ni lire ni écrire. Les autres sont des analphabètes fonctionnels. Ces derniers savent lire certes, mais la faiblesse de leurs habiletés est telle qu'elle hypothèque grandement leurs capacités à jouer leurs rôles de parents, de citoyens et de travailleurs, et ce, dans une société en pleine mutation. Les témoignages qui suivent sont tirés de cas réels; seuls les prénoms ont été modifiés afin de sauvegarder l'anonymat des personnes. Car être analphabète en l'an 2000, c'est aussi vivre dans la honte et la peur d'être découvert.

Paul a 47 ans. Il travaille dans la même usine depuis 25 ans. Paul fait un travail dur physiquement. L'usine où il travaille est en pleine expansion. De nombreuses transformations technologiques sont en cours. À chaque mois, Paul voit des cohortes de nouveaux employés qui viennent occuper des emplois mieux rémunérés que le sien. Paul n'ose espérer occuper un jour un de ces emplois car il ne sait ni lire ni écrire. Paul est analphabète complet.

Fernand a 51 ans. C'est un gars très travaillant. Il a occupé tour à tour des emplois de gardien de sécurité, de préposé à l'entretien et de chauffeur d'autobus. Ses employeurs ont toujours été satisfaits de ses services. Pourtant, Fernand a toujours fini par perdre ses emplois. Pourquoi? D'abord parce qu'il n'a pas été capable de remplir son rapport de surveillance. Puis parce qu'il n'a pas pu lire la note laissée par son employeur qui lui dictait le travail d'entretien à faire pendant la nuit. Et finalement parce qu'il n'a pas été capable de compléter le rapport d'inspection de son autobus scolaire. Fernand aussi est analphabète complet.

Diane a 28 ans. Elle vit seule avec son enfant, un jeune garçon de 10 ans qui a de sérieux problèmes à l'école. Diane avait beaucoup de problèmes à l'école, elle aussi. Ses parents n'étaient pas en mesure de l'aider. Diane a redoublé d'années jusqu'à ce qu'elle se retrouve en classes spéciales. Maintenant, c'est au tour de son fils de se retrouver dans cette situation. Diane n'arrive pas à aider son enfant dans son cheminement scolaire et ça l'inquiète beaucoup. Elle se sent une mauvaise mère. Diane ne sait pas suffisamment lire et écrire pour aider son enfant. Les mots utilisés dans les manuels scolaires de son fils sont un véritable charabia pour elle. Diane est analphabète fonctionnelle.

Luc est un jeune homme timide de 33 ans. Lui aussi a connu de graves problèmes à l'école. Dès le primaire, on l'a mis en classes spéciales. À cause de sa grande timidité et de ses problèmes d'apprentissage, Luc a été étiqueté déficient intellectuel léger. Il a ainsi vécu jusqu'à l'âge de 16 ans dans des classes pour déficients intellectuels. À 16 ans, il a décroché de l'école pour tâter le marché du travail. Encore là, son lourd mais si récent passé l'a suivi. Le seul emploi qu'il a pu décrocher a été au sein d'ateliers protégés pour déficients intellectuels. Pourtant Luc ne souffre d'aucune déficience intellectuelle. La preuve : Luc suit depuis bientôt deux ans des ateliers d'alphabétisation à La Porte Ouverte et il apprend plutôt bien.

Paul, Fernand et Diane aussi fréquentent les ateliers d'alphabétisation de La Porte Ouverte. Chacun trouve difficile d'apprendre à lire et à écrire à l'âge adulte. Il faut savoir que l'adulte a des préoccupations que n'a pas l'enfant. Il doit constamment penser à assurer sa subsistance et celle de sa famille. Il lui faut trouver du travail et faire en sorte de le conserver. Il doit veiller à l'éducation de ses enfants. Bref, autant de préoccupations que partagent la plupart des adultes. Mais quand on a de sérieuses difficultés à lire et à écrire, ces préoccupations tournent souvent à l'angoisse.

Tous ces adultes si différents et si semblables à la fois ont trouvé un endroit où ils peuvent apprendre à leur rythme et où ils se sentent considérés comme des adultes à part entière. Cet endroit, c'est La Porte Ouverte.

Depuis 1984, La Porte Ouverte a permis à des centaines d'adultes d'apprendre à lire et à écrire. La Porte Ouverte n'a pas de programme pédagogique pré-établi. Les besoins de chacun et chacune sont pris en considération et constituent le programme pédagogique de l'atelier. Ainsi chacun y trouve son compte. Les intervenants et intervenantes de La Porte Ouverte sont là pour soutenir, rassurer et redonner confiance à chacun et chacune, une confiance qui, très souvent, a été sérieusement amochée par les épreuves de la vie.

Au cours de la dernière année, 20 adultes âgés entre 28 et 65 ans ont ainsi pu reprendre confiance en eux par le biais de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Des adultes de tout âge qui, dans un esprit d'entraide et de camaraderie, apprennent ensemble tout en poursuivant des objectifs particuliers. Voilà ce qui fait de La Porte Ouverte "une école pas comme les autres" et un endroit où "on apprend en douceur" pour paraphraser deux participants actuels en processus d'alphabétisation.


Mario Raymond, pour
La Porte Ouverte

 

 

 

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