Y a-t-il encore des analphabètes au Québec?

écrit par Mario Raymond

Y a-t-il encore des analphabètes au Québec? Si on entend par « analphabète » une personne qui ne sait ni lire ni écrire, qui est au degré zéro de la connaissance du code écrit de sa langue maternelle, on peut considérer l’analphabétisme comme un phénomène marginal. Pourtant des études récentes ont démontré qu’une proportion importante d’adultes ne maîtrise pas suffisamment l’écrit pour se réaliser pleinement au plan social et économique.

Selon Statistique Canada, deux adultes sur cinq en âge de travailler ont du mal à comprendre ce qu'ils lisent : 42 % de l'ensemble des adultes canadiens en âge de travailler (16 à 65 ans) ont de la difficulté à répondre aux exigences de la vie en société. Au Québec, cette proportion grimpe à une personne sur deux. On ne peut pourtant pas prétendre que 50% de la population québécoise est analphabète. Tentons d’expliquer ces données en apparence alarmantes.

La conception de l’analphabétisme a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. Avec l’arrivée des nouvelles technologies de communication et l’omniprésence de l’informatique au sein des chaînes de production, les exigences des sociétés modernes au regard des connaissances requises en lecture et en écriture ont été nettement relevées. Le concept d’analphabétisme, c’est-à-dire de méconnaissance de l’écrit, a fait place au concept d’alphabétisme, c’est-à-dire de niveaux de compétence face à l’écrit.

On reconnaît maintenant qu'il y a plusieurs niveaux dans la capacité des personnes à comprendre ce qu'elles lisent. L'étude réalisée par Statistique Canada a déterminé cinq niveaux d'alphabétisme.

Au niveau 1, la personne a des capacités limitées pour comprendre l'information ou exécuter des opérations numériques simples. Elle peut, par exemple, avoir de la difficulté à déterminer, à partir de renseignements indiqués sur l'emballage, quelle dose exacte de médicament il faut donner à un enfant.

La personne de niveau 2 peut se servir de textes simples, présentés clairement et dans lesquels les tâches à accomplir ne sont pas trop complexes.

Une personne qui se situe aux niveaux 1 et 2 de compréhension de lecture aura de la difficulté à :

  • lire une étiquette sur des aliments afin d'acheter de la nourriture;
  • répondre à un questionnaire sur ses antécédents médicaux;
  • lire et comprendre un formulaire afin d'offrir un consentement éclairé à un acte médical.

Selon Statistique Canada, plus de la moitié de la population adulte québécoise se situerait aux niveaux 1 et 2 des compétences en alphabétisme. Ces personnes se retrouvent deux fois plus en situation de chômage que celles des niveaux supérieurs.

Le niveau 3 est considéré dans plusieurs pays comme le niveau minimal permettant de fonctionner dans la société. Il indique approximativement le niveau de compétence nécessaire pour terminer des études secondaires et entrer au collège.

Aux niveaux 4 et 5, la personne peut manipuler de l'information complexe, effectuer des calculs à plusieurs opérations et résoudre une gamme de problèmes.

De plus en plus d'employeurs constatent qu'ils doivent composer avec une situation de pénurie de main d’oeuvre qualifiée. Depuis quelques décennies, les exigences sont devenues plus élevées quant au niveau minimal des compétences requises notamment pour les compétences essentielles, soit savoir lire, écrire, traiter des documents et calculer. Ces compétences sont nécessaires à la compréhension d'informations courantes telles celles contenues dans un formulaire de demande d'emploi ou de crédit, une carte géographique ou un horaire d'autobus.

On comprend pourquoi les milieux d'affaires s'intéressent de plus en plus à la question des compétences générales de la main d'oeuvre. Les gens d'affaires s'inquiètent particulièrement du faible taux des capacités en lecture, en écriture et en calcul de la relève.

Un rapport de la Banque TD estime qu'une hausse de 1 % du taux d'alphabétisme des Canadiens pourrait générer une augmentation du revenu national de l'ordre de 32 milliards de dollars. Ce rapport souligne que le Canada pourrait récolter des retombées économiques de près de 80 milliards de dollars si tous les Canadiens en arrivaient au niveau souhaité d'alphabétisme.

Tous doivent faire leur part pour augmenter le taux d'alphabétisme de la population. Les gouvernements doivent soutenir plus adéquatement les centres d'alphabétisation qui peinent à maintenir leur offre de formation aux personnes  faiblement alphabétisées. Quant aux adultes qui ont des capacités d'alphabétisme basses, ils doivent rapidement prendre contact avec le centre d'alphabétisation de leur communauté afin de faire évaluer leur niveau d'alphabétisme et, le cas échéant, entreprendre une démarche d'alphabétisation. S'ils n'ont pas accès à l'information diffusée par les centres d'alphabétisation, il revient à leur entourage de la leur communiquer et de les encourager à entreprendre une démarche d'alphabétisation. Rappelons que les services de centres d'alphabétisation comme La Porte Ouverte sont entièrement gratuits. De plus, les cours sont offerts en petits groupes de même niveau selon un horaire adapté aux besoins des adultes.

La Porte Ouverte offre, depuis plus de 25 ans, des ateliers d'alphabétisation à la population du Haut-Richelieu. Des centaines d'adultes à ce jour ont tiré profit de cette formation et ont ainsi pu améliorer leurs conditions de vie et celles de leur entourage.


Pour obtenir plus d'informations sur les programmes d'alphabétisation de La Porte Ouverte,  je vous suggère de consulter le site Internet de notre centre au www.laporteouverte.info  . Vous pouvez aussi me contacter directement par téléphone au (450) 346-3283 ou par courrier électronique à laporteouverte@videotron.ca .

Pour les personnes qui résident en dehors de la région du Haut-Richelieu et qui veulent obtenir les coordonnées du centre d’alphabétisation de leur localité, je leur suggère de visiter le site Internet du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec au www.rgpaq.qc.ca

L’alphabétisation est une responsabilité sociale collective. Si vous connaissez quelqu’un qui pourrait profiter des services des centres d’alphabétisation populaires du Québec, rendez-lui service en lui parlant de nous.  

 

 

©Copyright La Porte Ouverte, 2009 Plan du site